À la poursuite des pirates : Décryptage de l’Opération ATALANTE

Cet article a été rédigé par Lou-Anne Ducos, bénévole au sein du Centre d’Information Europe Direct de Saint-Germain-en-Laye.


Le 10 novembre 2008, le Conseil de l’Union européenne décide de lancer l’opération militaire EU-NAVFOR Somalia, aussi prénommée Opération Atalante. Prévue pour durer un an, elle sera finalement prolongée jusqu’en 2020. Cette mission a un but principal : lutter contre les actes de piraterie et de brigandage commis en mer, en particulier au large de la Corne de l’Afrique et dans l’Ouest de l’Océan Indien.

Prise d’otages en cours par des pirates somaliens
Domaine public

La piraterie, une réalité ?

Loin des clichés d’Hollywood, la piraterie est une véritable menace pour la sécurité internationale. Chaque année, des criminels prennent le contrôle de navires traversant des zones qualifiées à « haut risque ».

Les attaques de pirates au large de la Somalie
Planemad / CC BY-SA / 3.0
L’objectif ?

Il est simple. Les pirates cherchent à s’emparer des navires, des marchandises à bord ainsi que de l’équipage pour lequel ils demanderont une rançon. Selon l’Union européenne (UE), la durée moyenne de captivité des membres de l’équipage est de cinq mois mais certains otages ont été détenus pendant presque trois ans ! C’est notamment le cas pour les plus pauvres dont la famille met plusieurs années à rassembler l’argent demandé.

Libération de trois otages retenus par des pirates pendant deux ans

Pour exemple, ces trois otages sauvés en 2014 des pirates somaliens. Ils étaient quatorze en tout à être tombés sous leur contrôle. Détenus par deux groupes de pirates différents, ils ont chacun passé entre deux et trois ans aux côtés de leurs tortionnaires. Assassinat, torture, travail forcé, ces otages ont vécu l’enfer.

Il semble ainsi important pour l’UE d’intervenir afin de protéger et garantir les droits fondamentaux de l’Homme qui représentent l’une des valeurs fondatrices de l’UE. De plus, agir pour la défense des droits de l’Homme hors de ses frontières s’inscrit dans sa stratégie de soft-power, visant à diffuser son modèle et ses valeurs au plus grand nombre.

Au-delà des impératifs humains, les intérêts économiques…

Toutefois, l’action de l’Union Européenne dans une zone aussi éloignée de son territoire n’est pas seulement liée à la protection des droits de l’Homme. En effet, le Golfe d’Aden est un passage stratégique pour le commerce international. Jusqu’à 95% du commerce de l’Union Européenne effectué par voie maritime (en volume) emprunte ce passage dont notamment 30% de ses approvisionnements en pétrole. Il est donc indispensable pour celle-ci de protéger les marchandises empruntant cette route.

De plus, la charge financière de la piraterie est conséquente. Les pirates coûtent environ 120 millions de dollars par an à la communauté internationale, et demandent des rançons moyennes comprises entre 2 et 5 millions de dollars.

Quelle réponse de l’Union Européenne face à ce fléau ?

Les objectifs confiés à l’opération ATALANTE sont multiples et répondent au cadre fixé dans la PSDC de l’Union Européenne.

Tout d’abord, l’opération intervient en soutien aux résolutions de l’ONU relatives à la lutte contre la piraterie au large de la Somalie (1814, 1816, 1838, 1846, et 1851).

Dans ce but, les forces européennes doivent assurer la protection des navires du Programme Alimentaire Mondial (PAM) et des navires de la Mission de l’Union Africaine en Somalie (AMISOM) qui viennent en aide à la population somalienne.

L’objectif est ainsi de garantir la sécurité des navires vulnérables tout en assurant la dissuasion, la prévention et la répression des actes de piraterie et les vols à main armée au large des côtes de la Somalie.

Photo: POA(PHOT) Sean Clee/MOD / OGL v1.0

Pour accomplir sa mission, EU-NAVFOR a le pouvoir d’appréhender, de placer en détention et de transférer des personnes soupçonnées de vouloir commettre, commettant ou ayant commis des actes de piraterie ou de brigandage. L’UE exerce ces fonctions dans le cadre fourni par le droit international. En effet, l’article 105 de la Convention de Montego Bay (1982) précise que les navires de guerre ont le pouvoir, en haute mer, de saisir les navires pirates et d’appréhender leurs équipages. Une fois ces pirates localisés et arrêtés, ils sont transférés aux autorités compétentes afin d’être jugés tandis que leur navire et matériel sont confisqués.

Quelle participation des États membres ?

De nombreux États membres de l’Union Européenne participent à cette mission dont la France, l’Allemagne et l’Espagne qui fournissent en permanence une ou plusieurs frégates ainsi que l’essentiel des aéronefs. De plus, des pays tiers participent aussi à cette opération. C’est notamment le cas de la Norvège qui a été le premier État hors UE à participer à l’opération en mettant un bâtiment de guerre à disposition de la mission en 2009. Le Monténégro, la Serbie et l’Ukraine contribuent également, de façon périodique, à l’opération ATALANTE.

Une aide financière…

Les coûts communs de l’opération sont pris en charge par le mécanisme Athena. Ce mécanisme s’occupe de répartir les coûts communs à l’opération entre les différents membres de l’Union Européenne participant à la mission. En 2019, le budget était de 5.1 millions d’euros pour les seuls coûts communs. De nombreux coûts additionnels sont également à prendre en compte. Il s’agit des coûts plus spécifiques aux États membres comme ceux relatifs aux navires ou aux avions mis à disposition.

mais avant tout matérielle

La contribution des États participants se fait avant tout par le prêt de matériel militaire. C’est notamment le cas pour la France et l’Espagne qui mettent une frégate à disposition permanente pour l’opération. Il s’agit également de fournir des avions de reconnaissance, des infrastructures aéroportuaires et bien évidemment les militaires menant l’opération.

EU-NAVFOR dispose en moyenne de la participation de 1000 personnes, de 3 à 4 bâtiments de guerre, et de 2 avions de patrouille maritime.

Exercices militaires dans le cadre de l’opération ATALANTE
Christian mauser / CC BY-SA / 3.0

Il est possible de voir en temps réel le déploiement des forces militaires en cliquant sur ce lien.

 Après 12 ans de lutte contre la piraterie, quel bilan ?

Le bilan de l’opération ATALANTE est positif. En effet, la situation en janvier 2011 était critique. L’UE dénombrait 736 otages et 32 navires détenus par les pirates somaliens. Cependant, une véritable évolution peut être constatée. Une seule attaque a été recensée en 2019 et elle a échoué. Aujourd’hui, les pirates somaliens ne détiennent aucun otage ou navire (voir en temps réel sur ce site). De même, de nombreux navires ont été secourus et aucun bateau du Programme Alimentaire Mondial n’a été attaqué. Il demeure toutefois important de rester sur ses gardes car les pirates restent présents.

En effet, ces pirates profitent de l’opportunité apportée par la crise en Somalie pour développer leurs activités criminelles. La Somalie est un État en crise depuis la chute du régime dictatorial de Siad Barré en 1991. Elle doit faire face à une guerre civile dévastatrice entre les différents chefs de clans. Cette instabilité fait que la Somalie ne dispose plus des ressources nécessaires pour veiller à la sécurité de ses propres espaces maritimes. C’est pourquoi le succès de l’opération ne pourra pas produire d’effets à long terme tant que la situation en Somalie ne s’améliorera pas. Pour contrer cette difficulté, l’UE entretient en parallèle la mission EUTM-Somalie. Cette mission contribue à la formation des forces de sécurité somaliennes. De plus, l’UE distribue des aides humanitaires conséquentes pour améliorer le quotidien de la population. Elles sont d‘un montant de 48 millions d’euros pour l’année 2020. 

Ainsi, la création d’institutions politiques stables et une aide humanitaire conséquente destinée à la population somalienne sont deux éléments constitutifs de la réussite de l’opération ATALANTE sur le long terme.

Crédit photo de couverture : Defensie / CC0

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