La guerre du Donbass : un conflit aux portes de l’Europe (Partie 1)

Cet article a été rédigé par Lou-Anne Ducos, bénévole au sein du Centre d’Information Europe Direct de Saint-Germain-en-Laye.


Partie 1 : Aux origines du conflit

Février 2020, la ville de Zolote en Ukraine est réveillée à 6h du matin sous le bruit des tirs croisés entre séparatistes et armée ukrainienne. S’en suivront cinq heures de tirs causant la mort de cinq hommes et faisant dix blessés. Bien que le conflit au Donbass soit passé sous silence, l’ONU affirme que la guerre a fait 13 000 morts dont 3300 civils depuis 2014.

Pourtant, un cessez-le-feu est en vigueur depuis le protocole de Minsk signé en 2014. De même, l’Union européenne et la communauté internationale tentent depuis plusieurs années de mettre fin à ce conflit. Alors comment expliquer que les combats perdurent, détruisant la vie de milliers de civils ?

A l’origine de ce conflit, une tension entre appartenance européenne et attachement à la Russie

L’Ukraine est en réalité un pays jeune, qui n’a bénéficié d’une réelle indépendance qu’à la chute de l’URSS. Cette indépendance nouvelle s’est accompagnée de nombreux défis. L’Ukraine avait pour mission de se moderniser, de construire son identité et d’asseoir sa souveraineté en construisant une politique étrangère et en tissant de nouveaux liens. Très vite, l’Ukraine se retrouve partagée entre son histoire commune avec la Russie et l’idée d’un certain « retour en Europe ».

Cette tension atteint son apogée pendant l’élection présidentielle de 2004 qui voit s’affronter deux candidats aux profils radicalement opposés. Le premier candidat, Iouchtchenko, était très favorable à l’Ouest. Il considérait l’adhésion à l’Union européenne (UE) et à l’OTAN comme des priorités. Son opposant, Ianoukovytvh, était soutenu par la Russie. Il privilégiait un rapprochement avec la Communauté des États indépendants (CEI) et l’intégration à l’Espace Économique Eurasien. C’est Iouchtchenko, le candidat pro-européen, qui a remporté cette élection. Président de l’Ukraine de 2005 à 2010, il va mettre en place un véritable rapprochement avec l’Union européenne.

Iouchtchenko (à droite) au Collège de l’Europe, 2017
MAREKRYBAK77 / CC BY-SA/4.0
Le début d’une coopération avec l’Union européenne

C’est notamment pendant son mandat que la Politique européenne de voisinage (PEV) sera mise en place. Il s’agit d’une politique de l’Union européenne pour entretenir des relations bilatérales avec les États frontaliers de l’Union. Par cette politique, l’UE vise à étendre des valeurs démocratiques ainsi que des normes et pratiques économiques, sociales et environnementales partagées par les États membres de l’organisation. Mettre en place ce « cercle d’amis » est également un moyen d’assurer la stabilité des frontières de l’Union et donc la sécurité des États membres.

L’Ukraine a été le premier pays à signer un Plan d’action avec l’UE. C’est en 2005 que commence cette coopération bilatérale. Elle concernait de nombreux domaines tels que la politique, l’économie, les affaires sociales ou encore la justice. L’objectif était alors de moderniser le pays en mettant en place les réformes nécessaires. Ce Plan d’action est renouvelé en 2007 puis complété en 2009 par le partenariat oriental. Plus qu’une simple coopération bilatérale entre l’UE et l’Ukraine, ce partenariat a créé une véritable coopération régionale entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie, l’Ukraine et la Biélorussie.

Pour quels résultats ?

Très vite, la coopération entre l’UE et l’Ukraine apparaît décevante. Plusieurs problèmes se dressent. Tout d’abord, les réformes sont très compliquées à appliquer dans ce pays rongé par la corruption et dont les ressources administratives sont très limitées. De plus, l’UE a affiché de grandes ambitions dignes de ses politiques d’élargissement. Toutefois, le budget accordé à l’Ukraine était loin d’être comparable et suffisant pour mettre en place de tels projets.

Cela a eu une conséquence directe sur la vie politique du pays. Les Ukrainiens ont perdu foi en leurs représentants politiques, appelant à un changement radical. C’est ainsi que le candidat pro-Russie, Ianoukovytvh, sera finalement élu en 2010. Si dans un premier temps il décide de ne pas complètement tourner le dos à l’UE, qui continue de financer le pays, il finira par céder aux pressions russes. En effet, la Russie s’inquiète de ce rapprochement entre l’Ukraine et l’Occident. Elle s’oppose notamment à la possibilité que le pays rejoigne l’OTAN considérant cet acte comme une attaque personnelle à l’encontre de son territoire. De plus, elle a affirmé à plusieurs reprises sa volonté de voir les anciens satellites soviétiques demeurer dans la sphère panrusse.

En conséquence, Ianoukovytvh annonce en 2013 sa volonté de se retirer unilatéralement de l’accord d’association négocié depuis 2007 avec l’Union européenne. Dans la même lancée, il insiste sur la création d’un dialogue avec Moscou afin d’étendre leur coopération.

Un retour vers la Russie loin d’être apprécié de tous

Cette décision politique, qui pourrait sembler anodine pour certains, a eu un véritable effet boule de neige sur la vie politique du pays. L’Ukraine est désormais confrontée à une guerre qui s’installe dans le temps et dont l’issue semble incertaine.

Phase 1 : Les manifestations de l’Euromaïdan
Manifestation de l’Euromaïdan
Elles ont regroupé entre 250 000 et 500 000 manifestants à Kiev
Nessa Gnatoush / CC BY/2.0

La décision de se retirer de cet accord avec l’Union européenne a été très peu appréciée par les Ukrainiens pro-européens. En réaction, des manifestations ont été organisées dès le 18 février 2014 sur la place de l’indépendance de Kiev, dite Maïdan. Ce mouvement, qualifié d’Euromaïdan, a conduit à de nombreuses violences entre manifestants et forces de l’ordre. Plusieurs manifestants, ainsi que plusieurs policiers, y trouveront la mort. Le 20 février 2014, le bilan était déjà de 82 morts et 622 blessés.

Phase 2 : La chute du pouvoir en place – la victoire de l’Euromaïdan
Président Ianoukovytch la veille de sa destitution signant un accord de sortie de crise avec l’opposition
News UTR / CC BY/3.0

Ce mouvement de l’Euromaïdan va signer la fin du mandat de Ianoukovytvh. En effet, il est destitué par le Parlement ukrainien le 22 février 2014 par 328 voix contre 450, ce qui est contraire aux lois du pays. Le Parlement a justifié cet acte en disant que Ianoukovytvh avait massivement violé les droits de l’Homme tandis que ce dernier dénonçait un coup d’État. Il sera remplacé par Oleksandr Tourtchynov, président par intérim pro-européen.

Phase 3 : Une réaction des anti-Maïdan, les pro-Russie
Manifestation pro-russe à Donetsk 9 mars 2014
Andrew Butko / CC BY-SA/3.0

Cependant, une fois encore le peuple se divise sur ses relations entre Union européenne et Russie. Les régions du Sud-Est du pays s’opposent totalement à ce changement d’institutions et à la chute du président pro-russe. En effet, ces régions partagent un lien très fort avec la Russie. En plus d’avoir une frontière commune avec le pays, c’est le russe qui fait office de première langue et non l’ukrainien. Ainsi, les populations du Sud-Est de l’Ukraine ont une très grande attache à la Russie et un lien beaucoup plus distant à l’Union européenne.

En conséquence, l’instabilité politique profite aux mouvements indépendantistes. En mars 2014, la Crimée commence à réclamer son rattachement à la Russie. C’est dans cet objectif qu’elle organise un référendum local où 96% des voix iront en faveur de la Russie. La région signe également un traité avec la Russie pour sceller son appartenance à la fédération. Cependant, ces actes n’étant ni reconnus par l’Ukraine, ni par la communauté internationale, la Russie décide d’intervenir militairement. C’est ainsi qu’en mars 2014 la Russie annexe le territoire ukrainien de la Crimée.

En parallèle, les provinces de Donetsk et Louhansk, qui ensemble forment le Donbass, s’autoproclament « républiques populaires » indépendantes en avril 2014. Toutefois, aucun État ne reconnaît officiellement leur déclaration d’indépendance, pas même la Russie.

Phase 4 : La vengeance du Parlement

Pour punir ces volontés sécessionnistes, le Parlement décide en mai 2014 de retirer le statut de langues officielles aux langues régionales, dont le russe qui est la langue parlée par la grande majorité de ces populations du Sud-Est du pays. Cela marquera le début de violents conflits qui perdurent encore aujourd’hui opposant l’armée ukrainienne aux séparatistes de Crimée et des régions orientales de Donetsk et Louhansk (Donbass).

Carte des soulèvements pro-russe en 2014
Gloucester / CC BY-SA /3.0

Aujourd’hui encore, après 6 ans de conflit, la guerre du Donbass sévit toujours. Les différentes interventions européennes n’y ont rien fait et la situation semble atteindre un point de non retour.

Pour en apprendre plus sur la réponse européenne et comprendre l’impasse qu’elle connaît aujourd’hui, vous pouvez lire la seconde partie de l’article.

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