Guerre des étoiles : l’Union européenne parviendra-t-elle à garder le cap ?

Cet article a été rédigé par Lou-Anne Ducos, bénévole au sein du Centre d’Information Europe Direct de Saint-Germain-en-Laye.


L’Union européenne souhaite faire de l’espace une de ses priorités. En effet, l’émergence de nouvelles menaces telles que les cyberattaques ou le réchauffement climatique appellent à l’innovation.
Thierry Breton
European Parliament from EU / CC BY /2.0

Cette ambition a été rappelée par Thierry Breton, le nouveau Commissaire européen en charge de la politique spatiale. Il a affirmé lors de la Conférence spatiale européenne de janvier 2020 que : “L’espace est à l’intersection du leadership technologique, de la stratégie industrielle et des considérations géostratégiques. C’est pourquoi, en tant que nouveau commissaire européen chargé de l’espace, vous pourrez compter sur moi pour faire avancer un ambitieux programme spatial européen”. 

Mais qu’en est-il vraiment de cet ambitieux programme spatial européen ? 

La politique spatiale européenne, qui n’en est pas à ses débuts, ne dispose pas de la même couverture médiatique que ses concurrents. En effet, si il est impossible de passer à côté de la personnalité atypique d’Elon Musk et de ses projets tous plus ambitieux les uns que les autres, la situation est bien différente pour l’Union européenne (UE). Qu’il s’agisse d’explorer la Lune ou Mars, les programmes de SpaceX sont sur-médiatisés et la concurrence américaine face aux projets européens est rude. 

Toutefois, l’Union européenne n’est pas en reste. L’Europe dispose du deuxième plus gros budget d’investissements dans le spatial après les Etats-Unis. Avec un budget de 11 milliards de dollars pour l’année 2019, elle se place en tête face à la Chine ou la Russie. 

D’où viennent ces 11 Milliards d’euros ? 

Il est important de discerner les différents acteurs qui entrent en jeu dans la politique spatiale européenne. En effet, tous ces acteurs ne sont pas forcément membres de l’Union européenne. 

L’Agence Spatiale Européenne (European Space Agency – ESA
European Space Agency / CC BY-SA 3.0-IGO

L’un des acteurs principaux de cette politique est l’Agence Spatiale Européenne. Créée en 1975, elle est désormais composée de vingt-deux États membres qui oeuvrent pour le développement des capacités spatiales de l’Europe. Cependant, les États parties à l’ESA ne sont pas tous des États membres de l’Union européenne. Par exemple, on retrouve au sein de l’ESA la Norvège ou la Suisse, deux membres qui n’ont pas adhéré à l’UE. Toutefois, c’est bien l’ESA qui développe des lanceurs, des satellites, et qui met en place les projets de l’Union européenne. 

L’explication est simple. Depuis la fin des années 90, un véritable rapprochement s’est opéré entre la Commission européenne et l’ESA. C’est une époque où l’Union européenne commence à s’intéresser de plus en plus aux données spatiales pour la mise en place de ses politiques publiques ou encore pour répondre aux nouveaux défis continentaux et planétaires. Ainsi, la complémentarité entre les capacités techniques de l’ESA et les ambitions politiques de l’UE les a conduit à définir un espace de coopération. En 2004, l’ESA et l’Union européenne signent l’Accord cadre de coopération, faisant de l’ESA le porteur de la politique spatiale de l’Union européenne. 

La Commission européenne et sa Stratégie Spatiale européenne

L’intérêt de l’Union européenne pour le domaine de l’espace est inscrit dans le Traité de Lisbonne. En effet, l’article 189 de ce traité confère une responsabilité nouvelle à l’Union. Elle doit désormais élaborer une politique spatiale destinée à favoriser le progrès scientifique et technique, la compétitivité industrielle et la mise en oeuvre de ses politiques. Cette politique spatiale s’inscrit également dans le Plan d’action européen de la défense présenté par la Commission en 2016. Ainsi, bien que les projets spatiaux de l’UE soient avant tout des projets civils, la Commission prévoit de les adapter pour répondre aux enjeux de sécurité et de défense de l’organisation. 

Concrètement, que fait l’Union européenne ? 

L’Union européenne est à l’initiative de différents programmes colossaux. Parmi eux, on peut citer COPERNICUS, GALILEO, ou encore GovSatCom. 

COPERNICUS

Le programme COPERNICUS a été lancé en 1998. Cependant, il faudra attendre 2014 pour voir le lancement de la sentinelle 1A, et 2015 pour la sentinelle 2A. Il s’agit du système d’observation de la Terre le plus avancé au monde. Il se concentre sur 6 domaines distincts : l’atmosphère, la terre, la mer, le changement climatique, les situations d’urgence et la sécurité. 

L’objectif ? 

Il a été décidé par la Commission européenne de renforcer le volet sécurité de ce projet. Ainsi, COPERNICUS est utilisé pour la surveillance des frontières et des espaces maritimes de l’Union européenne. Les objectifs sont multiples. Il s’agit de réduire le nombre de migrants qui meurent en mer, de réduire le crime aux frontières ou d’assurer la sécurité des navires. Par exemple, ce système d’observation ultra performant permet de lutter contre la piraterie maritime et de soutenir les missions de l’UE. 

GALILEO

L’Europe a décidé d’élaborer son propre système mondial de navigation par satellite fournissant des données de positionnement global très précises. Ainsi, avec Galileo il est possible de déterminer sa localisation à tout moment. Au cours de cette année 2020, lorsque les 30 satellites seront positionnés, GALILEO sera 10 fois plus précis que les GPS américains

L’objectif ? 

Pour pouvoir assurer sa sécurité et sa défense, il est important d’être indépendant dans les secteurs clefs. C’est la logique qu’a décidé de poursuivre l’Union européenne. En développant son propre mécanisme de navigation par satellites, nul besoin de s’appuyer sur les GPS américains ou sur le modèle russe du GLONASS. Ainsi, en cas de crise, l’UE ne sera pas dépendante du bon vouloir de ses partenaires. 

GOVSATCOM

En décembre 2013, le Conseil européen tire de sombres conclusions sur les capacités de l’Europe en matière de télécommunications sécurisées par satellite. L’Union européenne décide alors de lancer un nouveau programme pour redresser cette faiblesse.

L’objectif ? 

Govsatcom doit permettre des communications gouvernementales sécurisées par le biais de satellites dès 2020. C’est un enjeu crucial pour le renseignement et les opérations européennes. Seule une sécurité totale dans l’échange d’informations sensibles incitera les Etats membres à accroître leur coopération dans les secteurs de la sécurité et de la défense. De même, il est primordial d’assurer le transfert d’informations entre les zones d’opérations et le territoire des Etats participants.

Des Etats membres également à l’initiative de politiques spatiales européennes

L’action de l’Union européenne se veut complémentaire à celle des Etats membres. Elle s’inquiète avant tout des doublons qui seraient contre-productifs. Ainsi, elle s’appuie sur les initiatives de ses Etats membres qu’elle peut soutenir dans le volet de la défense avec le Fonds européen de la défense. Ce fonds comprend un budget de 90 millions d’euros jusqu’en 2020, et de 500 millions d’euros par an après 2020. Il concerne le « volet recherche » qui finance des projets de recherche collaboratifs dans le domaine de la défense au niveau de l’UE.

Quel exemple d’initiative des Etats membres ? 

Le 7 Septembre 2018, Florence Parly, ministre des armées, promet à la France que « Nous serons un État spatial puissant, dans une Europe spatiale forte ». Cette déclaration va de pair avec le nouveau projet français : MUSIS (MUltinational Space-based Imaging System). C’est un projet construit dans une logique européenne, avec la participation de l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, l’Italie et la Grèce. Par exemple, la France aura accès au satellite allemand SARah, tandis que l’Allemagne disposera des images prises par la constellation CSO. Un accord similaire a été passé avec l’Italie et les autres partenaires afin que tout le monde puisse y trouver son compte. 

L’objectif de la mission consiste à renouveler l’ensemble des capacités spatiales françaises de défense. Pour ce faire, de nouveaux satellites plus récents et performants vont être envoyés dans l’espace. Les trois nouveaux satellites CSO fourniront des images d’une meilleure définition. Cela permettra aux armées d’avoir une plus grande agilité sur les théâtres d’opération et une plus grande précision en terme de localisation militaire. Ils sont notamment optimisés pour être utilisés par les plateformes aéronautiques telles que les drones. 

Vers un nouveau programme spatial de l’Union : quels enjeux ? 

L’Union européenne travaille actuellement sur un programme spatial pour la période 2021-2027. Le Conseil et le Parlement européen sont déjà parvenus à un accord sur le règlement du 13 mars 2019 fixant les grandes directions du programme spatial européen. Une des décisions majeures est de développer les volets sécurité et défense des programmes déjà en place. L’UE doit pouvoir répondre aux cyberattaques, contrôler ses frontières terrestres et maritimes et réguler la migration. Tous ces enjeux peuvent passer par le développement d’une politique spatiale plus inclusive. 

Cependant, un obstacle majeur demeure : les finances. Le budget de la prochaine politique spatiale n’a pas encore été adopté. Celui-ci doit s’inscrire dans le cadre financier pluriannuel de l’UE qui couvre son budget pour les 7 années à venir. La répartition de ce budget entre les différents secteurs d’activités de l’organisation est toujours un point polémique. Le secteur spatial n’y échappera pas. Des tensions sont déjà apparues lorsque la Commission européenne a réclamé 16 milliards d’euros pour ce programme. Thierry Breton assure qu’il s’agit du «minimum pour assurer la continuité de ces services spatiaux et leur évolution technologique »

Tout l’enjeu est dans ce dernier point. Si aujourd’hui l’Union européenne a mis en place des projets innovants et reste dans la course, il s’agit d’un secteur en constante évolution dans lequel la recherche et les investissements doivent être conséquents. De même, le départ du Royaume-Uni, membre important des politiques spatiales, soulève des inquiétudes quant au futur des programmes européens. Il est donc plus que jamais indispensable pour ces Etats de continuer à coopérer dans ce secteur clef pour l’économie, l’industrie et la sécurité internationale.

Crédit photo de couverture : Domaine public

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